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En finir avec les ordres pour susciter la coopération 4:34 Lena : Bon, une fois qu'on a validé l'émotion, il faut bien qu'il finisse par mettre ses chaussures, ce gamin. C'est là que ça se corse. Les ordres, ça ne marche pas, ou alors ça finit en cris. Faber et Mazlish proposent quoi pour remplacer le fameux "Mets tes chaussures maintenant" ?
4:49 Miles : Elles proposent de décrire ce qu'on voit, ou de donner une information. C'est radicalement différent. Au lieu de dire "Tu as encore laissé traîner ton manteau", ce qui est un jugement et une attaque, tu dis juste : "Le manteau est par terre".
5:02 Lena : "Le manteau est par terre". C'est tout ? Ça fait un peu passif-agressif, non ?
5:06 Miles : Pas si tu le dis avec un ton neutre. L'idée, c'est de laisser l'enfant trouver la solution lui-même. Quand tu donnes un ordre, le cerveau de l'enfant se met en mode "défense". Quand tu décris un fait, son cerveau se met en mode "résolution de problème". J'ai lu ça dans une étude sur la communication non-violente de Marshall Rosenberg : le "Tu" tue, le "Je" ou la description factuelle ouvre le dialogue. Pour un enfant qui veut être indépendant -- ce qui est le but à deux ans -- pouvoir se dire "Ah, le manteau est par terre, je vais le ramasser" au lieu d'obéir à un ordre, c'est une victoire pour son ego.
5:38 Lena : C'est subtil. On flatte son besoin d'autonomie pour obtenir ce qu'on veut.
5:42 Miles : C'est plus que de la flatterie, c'est de l'entraînement. Une autre astuce géniale de leur méthode, c'est de dire un seul mot. Un seul. Au lieu du sermon de trois minutes sur l'importance de se brosser les dents pour éviter les caries, tu dis juste : "Les dents !". Avec un sourire ou un geste.
5:59 Lena : Pourquoi un seul mot ?
6:00 Miles : Parce que les enfants saturent vite. On parle trop, Lena. On noie l'info sous un déluge de mots. "Les dents", ça laisse de l'espace pour qu'il agisse. Et si ça ne suffit pas, on peut passer à l'étape suivante : décrire ce qu'on ressent. Mais attention, avec le "Je". Pas "Tu m'énerves", mais "Je n'aime pas quand l'eau coule partout sur le tapis".
6:20 Lena : Ça, c'est le message en "Je" dont parlent beaucoup les sources sur la parentalité positive. On exprime son propre besoin sans accuser l'autre. Pour un père, c'est plus honnête aussi. On n'est pas des robots, on a le droit d'être fatigué ou agacé.
6:33 Miles : Totalement. Et figure-toi qu'en montrant ton irritation de façon contrôlée, tu lui donnes le mode d'emploi pour gérer sa propre colère plus tard. Tu lui montres qu'on peut être fâché sans insulter, sans frapper, juste en nommant le problème. C'est le principe du modèle imparfait.
6:50 Lena : J'aime bien cette idée. Mais il y a des jours où rien de tout ça ne marche. Le gamin est braqué, il dit "Non" à tout. C'est l'âge du non, après tout. Est-ce qu'il y a un outil pour contourner ce "Non" systématique ?
7:01 Miles : Le choix limité. C'est l'arme absolue. Au lieu de poser une question ouverte comme "Qu'est-ce que tu veux mettre ?", ce qui l'angoisse, ou de donner un ordre comme "Mets ce pull", ce qui le braque, tu lui donnes deux options qui te conviennent à toi. "Tu veux le pull bleu ou le pull rouge ?". "Tu veux marcher jusqu'à la voiture comme un canard ou comme un dinosaure ?".
7:19 Lena : Le coup du dinosaure, ça marche à tous les coups. C'est le jeu, en fait.
7:23 Miles : Exactement ! Faber et Mazlish insistent énormément sur le jeu. Pour un enfant de deux ans, le jeu est son langage naturel. Si tu transformes la corvée en défi ou en jeu de rôle, la résistance fond. "Oh, je me demande si tes pieds vont réussir à trouver le chemin des chaussures tout seuls...". C'est beaucoup plus efficace qu'une menace de punition.
7:43 Lena : Mais ça prend du temps ! Quand tu es pressé le matin, tu n'as pas forcément envie de faire le dinosaure pendant dix minutes.
7:48 Miles : C'est la critique récurrente. Mais si tu calcules bien, faire le dinosaure pendant deux minutes, c'est toujours plus rapide que de gérer une crise de hurlements qui dure un quart d'heure parce que tu as essayé de lui mettre ses chaussures de force. C'est un investissement rentable. Les sources disent bien que l'anticipation et l'humour sont les meilleurs outils de prévention des crises. En gros, tu troques du stress contre de la créativité.