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La guerre civile entre le Moi n°1 et le Moi n°2 1:23 Lena : C'est fou cette idée de conflit interne. On a l'impression d'être une seule personne, mais Gallwey nous dit qu'on est en fait un duo qui ne s'entend pas très bien -- un peu comme un patron tyrannique et un employé ultra-compétent qui n'arrive plus à bosser parce qu'on lui hurle dessus.
1:38 Miles : C'est exactement l'image. Le Moi n°1, c'est ce "Moi juge". Il est analytique, rationnel, très lié à notre hémisphère gauche et à notre ego. C'est lui qui dit : « Allez, plie les genoux, garde l'œil sur la balle, ne fais pas l'idiot ». Le souci, c'est qu'il se prend pour le réalisateur alors qu'il n'est qu'un critique. Il ne *fait* rien, il commente. Et en face, tu as le Moi n°2, qui est ton être profond, ton potentiel naturel. C'est lui qui a appris à marcher, à courir, à faire des gestes complexes sans manuel d'instruction.
2:07 Lena : Mais si le Moi n°2 est si doué, pourquoi le Moi n°1 ne le laisse-t-il pas faire ? J'imagine que c'est une question de contrôle, non ?
2:14 Miles : Bah, c'est là que ça devient psychologique. On a été éduqués dans l'idée que pour réussir, il faut "essayer fort". On nous dit : « Si tu n'y arrives pas, c'est que tu ne fais pas assez d'efforts ». Du coup, le Moi n°1 panique dès qu'il y a un enjeu. Il pense que s'il lâche les rênes, tout va s'effondrer. Gallwey explique que quand on fait trop d'efforts conscients, on crée une tension musculaire inutile. C'est ce qu'il appelle "essayer trop fort" -- *trying too hard*. Et cette tension, c'est le sabotage direct du Moi n°2.
2:42 Lena : Ça me fait penser à ce que j'ai lu sur les neurosciences. Le système 1, l'intuitif, et le système 2, l'analytique, dont parle Daniel Kahneman. Sauf que chez Gallwey, c'est presque l'inverse dans la numérotation, mais l'idée est là. Le système rapide contre le système lent.
2:57 Miles : C'est ça, sauf que Gallwey montre que dans le sport -- ou toute performance fluide -- c'est le système intuitif qui doit avoir le dernier mot. Il cite souvent cet exemple : quand tu rates un coup facile, le Moi n°1 t'insulte. Il dit : « Tu es nul, comment as-tu pu rater ça ? ». Et là, le Moi n°2 se crispe. Il perd sa confiance. Le dialogue intérieur devient toxique. La clé, selon Gallwey, c'est de passer d'un état de jugement à un état d'observation.
3:24 Lena : Donc, au lieu de se dire « mon service est pourri », il faudrait se dire quoi ? « La balle a atterri dans le filet » ? Juste le fait brut ?
3:31 Miles : Exactement. C'est la base de ce qu'il appelle la conscience non-jugeante. Si tu regardes un enfant qui apprend à marcher, il tombe, il se relève. Il ne se dit pas : « Oh là là, je suis vraiment un raté, je ne marcherai jamais ». Il observe juste la gravité en action et son Moi n°2 ajuste le tir. Gallwey dit qu'on doit retrouver cette innocence. Si tu juges une erreur, tu crées une émotion. Et l'émotion brouille la transmission de données entre ton cerveau et tes muscles.
3:57 Lena : C'est super intéressant parce que ça rejoint la psychologie du "Flow" de Csikszentmihalyi. Cet état où on perd la notion du temps et de soi-même parce qu'on est totalement absorbé. Au fond, le Flow, c'est quand le Moi n°1 est parti prendre un café et qu'il a laissé les clés au Moi n°2.
4:13 Miles : C'est une super métaphore. Et Gallwey a été un pionnier là-dessus. Il dit que pour atteindre cette "concentration relaxée", il faut donner une occupation au Moi n°1. C'est un peu comme donner un os à un chien pour qu'il arrête d'aboyer pendant que tu travailles. Si tu forces le Moi n°1 à observer les coutures de la balle de tennis, il est tellement occupé par cette tâche neutre qu'il oublie de te critiquer. Et là, le Moi n°2 peut enfin danser.