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L'étalonnage des valeurs : choisir ses propres galères 8:07 Lena : Si on suit la logique de Manson, on ne peut pas juste « s'en foutre » de tout. Il faut bien s'intéresser à quelque chose. Mais comment on fait pour savoir si on court après les bonnes valeurs ou si on est juste en train de suivre le troupeau sans s'en rendre compte ? Parce qu'en tant qu'entrepreneur, c'est facile de se dire que « la croissance » ou « le profit » sont des valeurs ultimes, alors que c'est peut-être juste des indicateurs.
8:29 Miles : Bah écoute, il fait une distinction très nette entre les « valeurs de merde » et les « bonnes valeurs ». Les valeurs de merde, ce sont celles qui dépendent de facteurs externes, qui sont hors de ton contrôle et qui sont souvent superficielles. Genre : le plaisir immédiat, le succès matériel, avoir toujours raison, ou rester positif à tout prix. Si ta valeur c'est « avoir toujours raison », tu vas être en conflit permanent avec tes associés et tu n'apprendras jamais rien. C'est une valeur qui te rend fragile.
8:56 Lena : Et du coup, les « bonnes valeurs », c'est quoi ? Celles qui nous rendent plus résilients ?
2:27 Miles : Exactement. Ce sont des valeurs basées sur la réalité, qui sont socialement constructives et surtout, qui sont contrôlables de l'intérieur. Il cite par exemple l'honnêteté, l'innovation, la vulnérabilité, la curiosité, ou la défense des autres. Prends l'honnêteté : tu peux décider d'être honnête ici et maintenant, peu importe ce que le marché pense de toi. C'est une valeur qui te donne du pouvoir parce qu'elle ne dépend que de toi. Si ton succès est mesuré à l'aune de ton honnêteté, tu peux « réussir » tous les jours, même si ton chiffre d'affaires stagne.
9:28 Lena : C'est un changement de paradigme assez radical. On ne mesure plus le succès par le résultat final, mais par la fidélité à la valeur pendant le processus. Ça ressemble énormément au concept stoïcien de l'archer : ton but est de tirer la flèche le mieux possible, mais une fois qu'elle a quitté la corde, le vent peut la détourner. Si ta valeur c'est l'excellence du geste, tu es serein. Si c'est de toucher la cible à tout prix, tu es stressé.
9:52 Miles : C'est ça. Et Manson va plus loin en disant que nos problèmes ne disparaissent jamais, ils ne font que s'améliorer. Le bonheur, c'est de résoudre des problèmes. Donc, la question n'est pas « comment être heureux ? », mais « quels problèmes ai-je envie de résoudre ? ». Un entrepreneur qui réussit, c'est juste quelqu'un qui a troqué les problèmes de survie financière contre des problèmes de management de croissance. Si tu n'aimes pas gérer des humains, tu vas détester ta réussite. Tu as choisi la mauvaise galère.
10:18 Lena : C'est une question qu'on devrait tous se poser : « Quelle est la douleur que je suis prêt à tolérer ? ». Parce qu'on veut tous la récompense—la boîte qui cartonne, la liberté—mais peu de gens veulent les nuits blanches, les litiges juridiques et les critiques publiques. Manson dit que ce qui définit qui tu es, c'est ce pour quoi tu es prêt à souffrir. C'est une définition de l'identité par la négative, c'est super intéressant.
10:39 Miles : Et c'est là qu'on voit la limite du développement personnel classique qui te dit de « visualiser le succès ». Manson te dit : « Visualise la merde que tu vas devoir pelleter ». Si tu souris encore après avoir imaginé ça, alors t'es sur la bonne voie. C'est une forme d'optimisme pragmatique. On ne nie pas la difficulté, on l'intègre dans le business plan. J'ai lu un passage où il explique que même les émotions négatives sont des appels à l'action. La douleur physique te dit de ne pas toucher le poêle brûlant ; la douleur émotionnelle te dit que quelque chose dans tes valeurs ou ton environnement ne fonctionne pas.
11:10 Lena : Donc, au lieu de chercher à supprimer l'inconfort, on devrait l'utiliser comme une boussole. Mais ça demande une discipline mentale constante. On ne se réveille pas un matin en se disant « chouette, je vais souffrir pour mes valeurs aujourd'hui ». Comment on garde ce cap quand la pression monte ?
11:26 Miles : C'est là qu'intervient le « Principe du Faire Quelque Chose ». Manson explique que la motivation n'est pas la cause de l'action, c'est la conséquence. On attend souvent de se sentir motivé pour bosser, alors que c'est en commençant à bosser, même sur un tout petit truc, qu'on génère l'inspiration et la motivation. C'est une boucle infinie : Action -> Inspiration -> Motivation. Si tu es bloqué, ne réfléchis pas, fais un geste. N'importe lequel. Pour un entrepreneur, ça veut dire : envoie ce mail difficile, appelle ce client mécontent. L'action va clarifier tes valeurs plus vite que n'importe quelle méditation.